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Tout le bleu du ciel de Mélissa Da Costa : légende personnelle à bord d'un camping car.

Mis à jour : 8 août 2020

Editions Le Livre de Poche, 2020, 840 p.

Véritable succès story sur les différentes plates-formes de lecture et totalisant déjà plus de quatre-vingt dix commentaires sur le plus fréquenté des sites en ligne, je n’ai pas résisté plus longtemps à découvrir Tout le bleu du ciel de Mélissa Da Costa. Je remercie donc infiniment Netgalley France et les Editions Le Livre de Poche de m’avoir offert la possibilité de me forger ma propre opinion.


Ce premier roman de Mélissa Da Costa, qui vient tout récemment d’obtenir le prix des lecteurs U 2020, a, il faut bien l’avouer plutôt le look d’un agréable livre à emporter sur son lieu de vacances, de quoi passer un bon moment de détente, de quoi se distraire. Comme une sorte de décompresseur entre deux lectures plus exigeantes. Il y a moins de vingt-quatre heures que je viens de le terminer, et je dois bien concéder qu’il résonne encore dans mon imagination. En choisissant de le lire, je pensais bien que j’allais sortir de ma zone de confort mais j’étais loin de me figurer qu’il parviendrait à me secouer autant et me faire passer par une vaste palette d’émotions.


Mais passons en revue le synopsis. Emile est à peine âgé de vingt-six ans et souffre d’une maladie neurodégénérative incurable. Contre l’avis de sa famille, il décidera de stopper ses examens médicaux, de quitter l’hôpital et de refuser les interminables essais cliniques qui n’ont quasi aucune chance de ralentir l’évolution de la maladie et encore moins de le guérir.


Il préfère rester maître du temps qu’il lui reste et choisit d’organiser un dernier voyage, son dernier projet de vie. Sachant que son état de santé ne fera que se détériorer, il publie une petite annonce sur internet en vue de dénicher un compagnon de route. Contre toute attente, c’est une jeune femme, Joanne, qui lui répondra. Elle est au courant de son état, elle sait qu’elle accompagne une personne en fin de vie mais elle accepte de s’engager à ses côtés dans ce camping-car qui deviendra le leur. Joanne est une personne étrange, renfermée sur elle-même et habillée la plupart du temps de noir. Il y a bien un certain Léon qui essaie de la joindre sur son portable mais elle refuse systématiquement de lui répondre. Emile se posera beaucoup de questions avant de pouvoir découvrir les secrets de cette étrange aventurière au regard le plus souvent absent et capable de scruter le bleu du ciel pendant des heures interminables.


Après le commencement de ma lecture, je dois bien avouer qu’il m’a fallu quelques temps avant de trouver mes repères aux côtés de ces deux personnages. Emile me semblait fort immature et le choix de Joanne peu cohérent. Les premières nuits dans ce camping-car me parurent longues et angoissantes et les journées interminables. Emile passant son temps à se replonger dans son passé et à consacrer toutes ses pensées à sa rupture avec Laura, je percevais mal comment ces deux êtres allaient être capables de nouer ne fut-ce que la plus simple des amitiés.


De l’opacité à la chaleur du monde intérieur


Tout comme Emile et Joanne cherchant à s’adapter à leur nouveau mode de vie, je me suis mise en mode automatique et j’ai glissé mes pages dans un état presque apnéique face à la distance qui les sépare mais également face à celle qui s’installe entre eux et nous.


Et puis leurs échangent s’intensifient peu à peu jusqu’à ce que Joanne offre à Emile un carnet dans lequel il finira par se livrer et y déposer le poids de ses épreuves. Ce carnet de bord deviendra pour le jeune homme un fidèle compagnon de route qui lui donnera l'occasion de rééquilibrer ses pensées et de reprendre contact avec son monde intérieur. A partir de ce moment-là, notre rapport au récit se modifie et nous suivons leur épopée au cœur des Pyrénées d’un autre regard, plus immersif, en ayant la sensation qu'une paroi de verre s'est enfin brisée. Je me suis alors agrippée à cette sorte de corde invisible manipulée habilement par Mélissa Da Costa qui, telle une marionnettiste, maniera subtilement les émotions de nos voyageurs, en alternant entre relâchements et rétentions successifs.




Emile et Joanne se découvrent peu à peu au fil de rencontres inattendues, de nouveaux projets et de la lente détérioration de l’état de santé d'Émile. Tandis qu'il mènera courageusement son combat face à des pertes de mémoire de plus en plus récurrentes, Joanne parviendra à s'impliquer davantage dans sa légende personnelle.


Ce roman est une belle découverte et ce, à bien des égard.


J’ai beaucoup aimé l’idée de ce road-movie à bord d’un camping-car déjanté le long des routes du Sud-Ouest de la France gravissant les montagnes et redescendant dans les vallées comme une métaphore de la destinée humaine avec ses hauts et ses bas. J’ai adoré ce retour au calme, à la nature, à la prise de conscience des choses simples. Ce roman nous offre le privilège de pouvoir s'arrêter sur les détails de la vie comme la luminosité changeante des jours qui passent ou les senteurs des sentiers battus et des herbes sauvages qui les bordent, le tout agrémenté d’un bon thé à toute heure de la journée.


Mais Tout le bleu du Ciel est avant tout un fabuleux conte moderne poignant et sensible qui nous fait prendre conscience que notre temps est précieux et que, si beaux soient les paysages qui nous entourent, si attirants les beaux voyages que l’on nous promet à l’autre bout du monde, le plus important est celui que nous vivons tous les jours de l’intérieur.

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