• La pile à lire

Le cottage aux oiseaux d'Eva Meijer ou comment redonner voix aux oiseaux.

Mis à jour : 9 août 2020

Editions Presses de la Cité, 2020, 272 p.


Biographie romancée, Le cottage aux oiseaux nous retrace le parcours de Gwendolen Howard, l’une de figures marquantes de l’ornithologie britannique.

Ecrit par l’auteure néerlandaise Eva Meijer, ce roman parut tout d’abord aux Pays-Bas en 2016 sous le titre Het Vogelhuis, (Editions Cossee 288 p). Face à un succès immédiat , il fut rapidement traduit en anglais.


Grâce à un travail méticuleux rassemblant recherches et témoignages, Le cottage aux oiseaux nous offre le portrait riche et infiniment instructif d’une femme ayant choisi de se reclure au sein d'un cottage pour se consacrer entièrement à sa passion : l’ornithologie.


Si aujourd’hui l’apprenti(e) ornithologue ou le/la simple passionné(e) des oiseaux bénéficie d’une foule d’ouvrages ainsi que de nombreuses birdcams à travers le monde pour mener à bien ses observations , pour Gwendolen, il en fut tout autrement. Elle devait se contenter du jardin de son cottage ainsi que de quelques ouvrages de référence.


Entremêlant des chapitres relatant les dernières années de sa vie à une trame chronologique nous relatant son enfance jusqu’à sa reconnaissance par certains de ses pairs, ce premier roman compte de nombreuses qualités. Captivant, écrit de manière très fluide, il rend un bel hommage au travail d’une passionnée et parvient à susciter non seulement l’envie d’approfondir le sujet de la communication animale mais également de découvrir les ouvrages de Gwendolene Howard (plus connue sous le pseudonyme de Len) que sont Vivre avec les oiseaux (1956) et Les oiseaux en tant qu’individus (1952).


Issue d’une famille de quatre enfants, Gwendolen Howard (1894-1976), grandit dans un milieu privilégié au Pays de Galles. Son père, Newman Howard, ancien expert-comptable reconverti en poète lui transmet l’amour de la musique et des oiseaux. Sa mère, Florence Warman Howard, se consacre à son foyer et aime se divertir lors de soirées littéraires. Enfant, elle a pour animal de compagnie une corneille nommée Charles et écrit déjà des histoires sur le comportement des oiseaux tout en s’adonnant à la musique. Il n’est d'ailleurs pas rare qu’elle accompagne au piano ou au violon son père pendant qu’il récite ses interminables poèmes.


Plus tard, sa passion pour la musique lui permettra de rejoindre Londres pour se faire engager en tant que violoniste à l’orchestre du Queen’s Hall dirigé par Harold Stockdale. Même si elle s’investit de toutes ses forces dans son activité, elle n’abandonnera pas pour autant sa ferveur pour l’observation des oiseaux. Pendant les années passées dans la capitale britannique, elle continuera intensément de s’intéresser au comportement de la faune avicole, en notant scrupuleusement l’ensemble de ses observations.



Mais à l’âge de quarante-quatre ans, en 1938, sa carrière de violoniste ne la satisfaisant plus, elle décidera de se retirer dans un endroit qu’elle surnommera « Le cottage aux oiseaux » à Ditchling. Grâce à l’héritage que lui lèguera son père, elle fera de son rêve une réalité : créer un espace exclusivement réservé à l’étude du comportement des oiseaux et essayer de s’imposer dans la communauté scientifique.


Avec ce premier roman, Eva Meijer redonne voix avec beaucoup d’émotions à cette personnalité qui intrigue, habitée par une force bienveillante à l’égard de ses protégés. Très impliquée elle-même dans la recherche liée au langage animal, il n’est pas surprenant que l’auteure ait trouvé la bonne approche pour nous embarquer dans un univers si particulier. Attention, si vous souhaitez vous reconnecter à la nature avec cet ouvrage, vous risquez d'être déçu. Car il s’agit avant tout d’un portrait. Celui d’une femme qui voulait apporter une pierre à l’édifice de la science en allant à contre-courant des pratiques habituelles en matière d’ornithologie et pouvoir observer l’animal dans son habitat naturel, loin du milieu clos des laboratoires.


A certains moments, Len Howard peut également agacer. Obnubilée par le bien-être de ses compagnons de route, cette sorte de nouvelle famille qu’elle parvient à se recréer à l’écart du monde, elle ne semble manifester plus le moindre intérêt pour l’espèce humaine. L’auteure nous donne quelques pistes sans nous fournir de réponses sur les raisons qui l’ont menée à un tel retranchement. Sa relation tendue avec sa mère, les années passées dans une métropole bruyante et surpeuplée, …


Il est normal de souhaiter créer son cocon et de réinventer sa vie.


Mais comment pouvoir supporter autant de solitude quand on a connu une enfance si entourée ? Quand on s’est investie auprès de musiciens de talent pour transmettre au public le meilleur de son art ? Ou quand on consacré une part non négligeable de son temps auprès de jeunes plus défavorisés ?


En relisant certains passages consacrés à sa première vie de musicienne, l’auteure évoque l’envie de voler pendant que Len s’adonne au violon. Ces quelques lignes sont assez troublantes :


Jouer, c’est voler - l’altitude, la vitesse, la légèreté, la confiance en l’idée qu’il est possible de préserver la magie, d’y croire, tant qu’elle dure. Jouer, rien que ce mot. Nous jouons. Par là même, nous laissons entrevoir quelque chose à ceux qui sont en bas, au sol, rivés à leurs jumelles, impressionnés, eux qui ne voient jamais rien d’en haut, à moins que d’autres ne les portent sur leurs épaules.

Pouvoir voler, prendre de la hauteur, découvrir, emprunter de nouveaux chemins, de nouvelles voies. En compagnie de Star, de Tête-Chauve, de Binocle, de Pierrot, de Zig-Zag et des autres mésanges qui trouvèrent refuge au cottage, Len parvint au fil du temps à trouver un public à ses recherches. Face un monde scientifique réfractaire considérant les oiseaux comme de simples machines, dénués de la moindre capacité émotionnelle et réduits à subir leur instinct, elle trouvera la voix vers une certaine reconnaissance.


Libérée de toute communication humaine, Len souhaitait avant tout comprendre les échanges entre les oiseaux : pouvoir retranscrire et analyser leur langage, comme si, épuisée par les jacasseries du monde, il était le seul à ses yeux réellement porteur de sens.


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